Komoot, Geovelo, Strava : trois applis, trois usages bien distincts

J’ai installé ces trois applications sur mon téléphone en janvier dernier, pour un mois de test en conditions réelles : vélotaf quotidien dans Paris, sortie gravel le week-end en Essonne et un bikepacking de trois jours dans le Vercors. Le verdict n’est pas celui que j’attendais.
Komoot est gratuite, sans restriction majeure sur les cartes hors ligne. Geovelo est également gratuite et conçue par une équipe française pour les infrastructures françaises. Strava propose une version de base gratuite, mais la plupart des fonctions d’analyse sérieuse nécessitent l’abonnement à 11,99€/mois ou 79,99€/an. Trois modèles économiques différents, trois philosophies différentes.
Ce qui m’a frappé dès les premiers jours : aucune de ces applis ne fait tout parfaitement. Chacune brille sur un terrain spécifique. Et identifier lequel, c’est vous éviter de payer pour ce dont vous n’avez pas besoin.
| Critère | Komoot | Geovelo | Strava |
|---|---|---|---|
| Prix | Gratuit | Gratuit | Gratuit / 79,99€/an |
| Cartes hors ligne | Complètes et gratuites | Limitées | Abonnement requis |
| Navigation urbaine (France) | Moyenne | Excellente | Basique |
| Sorties sportives / gravel | Excellente | Limitée | Bonne |
| Suivi de performance | Basique | Basique | Avancé (Premium) |
| Communauté | 25 millions d’utilisateurs | France uniquement | Internationale, segments |
| Synchro montres connectées | Fluide | En progrès | Fluide |
Komoot : le routage vélo le plus complet, gratuit et offline
Komoot calcule des itinéraires selon le type de vélo – route, VTT, gravel, vélo de ville – et affiche le profil de dénivelé avant même que vous partiez. C’est concret : avant mon départ dans le Vercors, l’appli m’a signalé 1 400 mètres de dénivelé positif sur 60 km, avec les passages techniques identifiés au kilomètre près.
La vraie force de Komoot : les cartes hors ligne gratuites, sans limite de région. Vous téléchargez la région avant de partir et vous naviguez sans connexion avec des cartes vectorielles précises. Sur un sentier entre deux communes sans réseau dans la Drôme, c’est une vraie différence avec ses concurrentes.
La communauté – annoncée à plus de 25 millions d’utilisateurs – génère des avis sur les itinéraires, des photos de points de passage, des signalements de passages techniques. Ces retours d’expérience enrichissent chaque parcours d’informations que les cartes classiques n’ont pas.
Mais Komoot a un angle mort : la navigation urbaine dense. Dans Paris, l’application propose parfois des détours sur des axes cyclables théoriquement existants mais pratiquement inutilisables. Elle ne connaît pas la piste du boulevard de Sébastopol saturée de trottinettes, ni le sens de circulation réel de certaines contre-allées. Et c’est là que Geovelo entre en jeu.
Pour aller plus loin : Sacoches vélo quotidien : choisir selon son usage réel.
Geovelo : la seule appli qui comprend vraiment le vélo en ville française

Geovelo est développée en France, pour la France. Et ça se sent immédiatement sur les trajets urbains. L’application connaît les pistes cyclables sécurisées, les zones à trafic limité, les doubles sens cyclables – y compris ceux ouverts récemment. Elle actualise ses données plus vite que ses concurrentes sur le réseau hexagonal.
Son principe de routage diffère de Komoot : elle ne cherche pas le chemin le plus court, mais le plus confortable et le plus sécurisé. Pour un trajet domicile-travail, ça change tout. J’ai comparé les deux applis sur un même trajet Montrouge-République : Komoot proposait 8,2 km en 28 minutes, Geovelo 9,1 km en 32 minutes – mais avec zéro carrefour dangereux et aucune voie partagée avec des bus. Geovelo remporte ce round.
L’application est entièrement gratuite, sans limitation fonctionnelle notable. Pas de version premium qui bride l’analyse ou cache les itinéraires alternatifs. C’est un choix éditorial que l’équipe assume clairement.
Ses limites ? Hors des agglomérations françaises du top 10, la base de données cyclables devient moins précise. Et pour les randonnées sportives ou le gravel, elle n’a pas la profondeur technique de Komoot. La synchronisation avec les montres connectées existe mais reste moins fluide.
- Komoot: gratuite, cartes hors ligne complètes, idéale sortie sportive et bikepacking
- Geovelo: gratuite, routage urbain français optimisé, parfaite pour le vélotaf
- Strava: gratuite en version de base, 79,99€/an pour l’analyse avancée – réservée aux cyclistes compétitifs loggant régulièrement leurs sorties
Strava à 79,99€ par an : pour qui, vraiment ?
Strava est l’application sociale du cyclisme. Ses segments – ces portions de route chronométrées par la communauté – créent une compétition permanente entre cyclistes. Les classements, les KOM (King of the Mountain), les comparaisons de performance semaine après semaine : tout cela génère une forme d’engagement que Komoot et Geovelo ne proposent pas.
Mais la version gratuite a des limites réelles depuis 2023 : l’analyse détaillée des segments, les comparaisons historiques approfondies et la planification d’itinéraires optimisés sont réservées à l’abonnement. À 79,99€/an, c’est un investissement qui se justifie pour un cycliste qui sort 150 à 200 fois par an et veut suivre sa progression sur la durée.
Pour un usage pendulaire ou loisir classique ? C’est excessif. Strava n’a pas de véritable mode navigation hors ligne en version gratuite et son routage intelligent reste moins performant que Komoot sur les itinéraires non-urbains.
Dans la même rubrique : Freins de vélo électrique : check-up sécurité en 15 minutes.
Plusieurs cyclistes que je connais ont modifié leur comportement à cause des segments : accélération sur des zones dangereuses, prise de risque en descente pour battre un record. L’aspect compétitif de l’application a un revers concret sur la sécurité. À garder en tête avant de s’abonner.
Ce que les trois apps maîtrisent vraiment bien en 2026
Les fondamentaux se sont alignés. Les cartes vectorielles des trois applications fonctionnent désormais avec une qualité suffisante pour la navigation quotidienne – avec ou sans réseau. La synchronisation ANT+ et Bluetooth pour les capteurs de fréquence cardiaque, de cadence et de puissance fonctionne sur l’ensemble des trois plateformes.
L’intégration météo s’est améliorée. Komoot affiche les prévisions horaires sur votre itinéraire avant le départ. Geovelo intègre les alertes de perturbation du réseau cyclable en temps réel dans les grandes villes. Strava a peaufiné son enregistrement GPS – la précision sur les itinéraires techniques a progressé nettement depuis 2024.
Les alertes collaboratives progressent aussi : nids-de-poule signalés par la communauté, débris sur la chaussée, travaux temporaires. Ce système reste plus développé sur Komoot (masse d’utilisateurs plus orientée randonnée et gravel) que sur Geovelo. Mais les trois y travaillent.
Et la synchronisation avec les montres connectées – Garmin, Apple Watch, Wahoo – fonctionne sans friction sur Komoot et Strava. Geovelo progresse sur ce point mais reste légèrement en retrait.
Comment choisir selon votre usage réel
Voici comment j’oriente les cyclistes qui me posent la question :
- Vous pédalez principalement en ville, en France, pour aller au travail ou faire vos courses : installez Geovelo en priorité. Elle connaît vos rues mieux que vous.
- Vous prévoyez des sorties weekend, du gravel, du bikepacking, ou vous voyagez à vélo : Komoot est votre outil de base. Gratuit, offline, communauté active.
- Vous suivez vos performances, vous adorez vous comparer aux autres cyclistes sur les mêmes segments, vous loggez vos sorties chaque semaine : Strava Premium à 79,99€/an peut valoir l’investissement.
- Vous débutez : installez Komoot et Geovelo gratuitement. Testez Strava en version libre une semaine. Vous saurez rapidement si la dopamine des classements vous accroche – ou pas.
Il n’y a aucune raison de choisir une seule application. Komoot et Geovelo cohabitent parfaitement sur un même téléphone.
Voir également : Vélo électrique : meilleures pratiques de sécurité.
FAQ : vos questions concrètes sur les applis vélo
Quelle appli fonctionne vraiment hors ligne sans payer ?
Komoot propose les cartes hors ligne complètes gratuitement, sans restriction de région. Geovelo offre une version offline limitée en accès gratuit. Strava nécessite l’abonnement à 79,99€/an pour une navigation hors ligne sérieuse.
Peut-on partager un itinéraire avec d’autres cyclistes ?
Oui, sur les trois. Komoot excelle pour partager des parcours complets que d’autres peuvent reprendre et modifier. Strava brille sur le partage social en temps réel – activités, kudos, segments communs. Geovelo propose un partage basique mais suffisant pour envoyer un itinéraire à quelqu’un.
Laquelle consomme le moins de batterie sur un long trajet ?
Geovelo et Komoot sont les plus légères. Strava enregistre en continu chaque seconde pour son analyse de performance, ce qui se traduit par une consommation batterie nettement plus élevée sur les sorties longues. Prévoyez une batterie externe si vous utilisez Strava sur plus de 3 heures.
Mon verdict tranché : Komoot pour presque tout le monde, Geovelo pour les urbains français
Après un mois de tests en conditions réelles, mon avis est clair : Komoot est l’appli de référence pour 90% des cyclistes. Gratuite, hors ligne parfait, routage intelligent, communauté massive. Si vous ne deviez en installer qu’une, c’est elle.
Mais si vous habitez en France et pédalez en ville, ajoutez Geovelo. Elle seule sait que telle piste cyclable de votre quartier est sens unique depuis six mois, ou que tel carrefour n’est pas sécurisé malgré ce qu’indique la carte. Cette connaissance fine du réseau français est une vraie valeur ajoutée que Komoot ne remplace pas.
Strava? Je l’utilise encore, pour les segments sur mes circuits habituels. Mais je n’ai pas renouvelé l’abonnement premium cette année. La version gratuite suffit pour loguer mes sorties et suivre l’évolution de mes temps. Si vous êtes compétitif et sortez plus de 150 fois par an, l’abonnement annuel à 79,99€ est justifiable. Sinon, gardez cet argent pour un antivol digne de ce nom.
Ces trois applications sont complémentaires, pas concurrentes. Et les installer toutes gratuitement ne coûte rien, à part cinq minutes de configuration.
