Philippe Starck et le vélo – Cyclab’ 2010

Cyclab’ est une conférence autour du vélo qui a eu lieu à Bordeaux en février dernier. Que ceux qui ont lu les actes du colloque lèvent le doigt !

Bon je vous comprends, rien que le nom ne donne pas envie de s’y pencher. On s’attend à un document indigeste sûrement idéal pour s’endormir. Et bien pas du tout ! Si vous l’aviez fait, vous auriez pu découvrir de nombreuses informations sur  l’usage du vélo (les questions et les réponses également) ainsi qu’un échange intéressant entre Alain Juppé, Philippe Starck, Michel Duchène (adjoint à la prospective urbaine) et les personnes qui assistaient au colloque.

Merci à la Mairie de Bordeaux de me laisser reproduire ces propos (comment ça je n’ai pas demandé ? euh oui effectivement mais bon c’est pour la bonne cause hein !)

Le vélo du futur et autres prospectives sur les déplacements en mode actif

A. Juppé : Le développement du vélo est conditionné par la sécurité. Si on veut reconquérir de l’espace sur à la voiture, il faut que nous fassions de gros efforts pour sécuriser les parcours cyclables et piétons pour être attractif.

P. Starck : On en revient à l’idée de civilité, c’est un mot que l’on ose plus employer. Les rapports civiques doivent être remis au débat, s’il n’y a pas de sécurité pour les piétons, il est mal traité.

A. Juppé : Cette idée est à l’origine du Code de la rue qui est un gros travail de concertation avec les associations de la Ville. L’idée est de réapprendre le civisme pour se respecter dans la rue et limiter les conflits d’usage. Le tramway a permis de rendre aux piétons de grands espaces urbains. La phase de travaux du tramway a été l’occasion de trouver un mode alternatif de déplacement par l’achat de 4000 vélos prêtés gratuitement. Cela a permis une solution de remplacement et de déclencher le goût pour le vélo. L’arrivée du tramway a permis de reconquérir des espaces urbains à l’image de la Place Pey Berland et de la Bourse. Aujourd’hui, on constate que la part des déplacements à l’intérieur des boulevards en automobile  est à peine supérieure à 50% contre 22% en transport collectif et 7-9% en vélo.

P. Starck : Une grande partie de nos problèmes provient de la société de consommation. Ce n’est pas totalement de notre faute car nous sommes dans un système de matraquage qui nous pousse à l’acte d’achat. Ainsi la prime à la casse nous incite à renouveler notre automobile éludant les questions sur nos besoins réels d’une automobile pour nos déplacements. Une des actions les plus positives aujourd’hui est le refus et la suspicion à l’acte d’achat.

A. Juppé : Est-ce que vous ne créez pas des objets qui poussent à la consommation ?

P. Starck : Toute la production du design est structurellement sans utilité. Elle n’est pas dans les nécessités premières. J’ai quand même essayé de transformer chaque objet inutile en une sorte de dénonciation ou de proposition pour montrer une voie. J’ai travaillé sur la démocratisation, l’amélioration de la qualité, la biomécanique, l’écologie. J’ai essayé de donner un sens politique et moral à une production inutile.

A. Juppé : Ne travaillez vous pas également sur les notions d’économie circulaire et de recyclage ?

P. Starck : Le recyclage n’est pas la solution finale. C’est un extraordinaire pansement pour faire continuer la société de consommation. Le recyclage est couteux en énergie et produit des matériaux de mauvaise qualité. Donc il faut trouver des solutions ailleurs. Se pose également la problématique de l’ère post-plastique avec l’épuisement des ressources pétrolières. 90% du premier confort des gens pauvres dans le monde vient du plastic. La disparition du plastique entrainera un effondrement des systèmes. Seuls les riches auront accès à ce matériau. La solution de remplacement que constitue l’agroplastique est une mauvaise réponse. Substituer des terres et des ressources alimentaires pour faire de l’agroplastique est criminel. D’importantes recherches sont menées afin de trouver un matériau de remplacement au plastiqie.

L’image de la voiture repose sur une part de rêve, quel part de rêve associez-vous au vélo ?

P. Starck : La part de rêve portée par l’automobile est obscène et médiocre. La part de rêve portée par le vélo est l’élégance et l’intelligence du minimum. Il faut toujours rechercher le minimum pour rendre le vrai service. Notre avenir passe par la dématérialisation. L’objectif est de donner le service sans passer par la matière

A. Juppé : Est-ce que dans cette recherche du minimum, l’idée de sobriété, de croissance plus sobre sont un bon concept ?

P. Starck : Notre civilisation basée sur le progrès et la matérialité s’appuie sur les objets, les outils pour améliorer notre société. Or ces outils, pour nous rendre meilleurs, ne sont que les moyens et non pas la fin. Il faut repenser une société où l’homme est la priorité. Cette priorité passe par le minimum, la dématérialisation. A l’exemple de l’ordinateur qui a connu une miniaturisation exceptionnelle. Le produit de demain a disparu au profit de sa compétence. Demain, il n’y aura plus de produit extérieur à nous.

Quelles mesures prendriez-vous si vous étiez ministre des transports ?

P. Starck : L’arrêt des subventions de l’industrie automobile. Cet argent économisé, je le réinvestirais dans les transports en commun pour les rendre plus attractifs (sol en vison blanc et champagne dans les métros !).

Comment arrivez-vous à concilier votre discours et votre activité ?

P. Starck : Mon travail propose de nombreux produits ayant une dimension écologique (éolienne, maison préfabriquée écologique). Les différentes crises économiques ont retardé le processus de dématérialisation. A terme, je souhaite liquider ma société pour travailler sur la construction d’une université de recherche sur la créativité pure.

Ne pourrait-on pas imaginer à Bordeaux un règlement municipal qui protège plus le cycliste et le piéton ?

M. Duchène : Aucune réglementation, aucun aménagement cyclable ne permettra de protéger  véritablement un cycliste. Seule une évolution culturelle, seule une prise de conscience de la présence de l’autre permettra de sécuriser le piéton et le cycliste. A Bordeaux, nous essayons de transformer les cultures et les mentalités de telle manière que chacun fasse attention à l’autre. Quelle est la stratégie urbaine en termes d’équipement pour intégrer le stationnement du vélo ?

P. Starck : Il serait intéressant de faire du mot vélo, un mot valise parlant d’un véhicule minimum pour déplacer le corps humain. Dans ce cas, de nouveaux prototypes se dessinent : vélos pliants, nano-vélo extrêmement performants et légers. L’objet lui-même vélo va changer. L’erreur à éviter est de créer des équipements en face d’un produit en complète mutation.

M. Duchène : Philippe Starck a dit l’essentiel, il nous faut des vélos extrêmement légers, pliables qui nous permettent de prendre les transports en commun. A Bordeaux, de nombreux systèmes permettent de stationner son vélo en toute sécurité : les parkings souterrains, la bicycletterie, (ancien commerce rénové qui mutualise le stationnement au niveau du quartier).

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Gravatar
Logo WordPress.com

Please log in to WordPress.com to post a comment to your blog.

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.