Je vous ai présenté hier le dernier-né de chez Workcycles, le Fr8. Il est temps à présent de mieux vous présenter le fondateur de cette société, Henry Cutler.
Henry a bien voulu répondre à quelques questions. Voici l’interview en version originale et en version française. Vous pouvez également retrouver Henry sur son blog.
You will find below an interview of Henry Cutler, a well-known bike entrepreneur, founder of Workcycles. You can also read him on his blog.
“Shakespeare”
Can you introduce yourself?
I’m Henry Cutler, born in Brooklyn, NY (New Amsterdam) and living in Amsterdam (Old Amsterdam thus). Most relevant to this interview is that I founded and run WorkCycles where we design, develop and make utilitarian bicycles. To say that I love bikes would be a huge understatement. My first memory is of riding in the baby seat behind my mom an my first job was in a bike shop… when I was only 12.
What was your first bicycle?
A red Ross with 20″ wheels. My parents bought everything MUCH too big for me so I would grow into it and this bike was no exception. I was 4 years old and not a big kid. The bike shop fitted blocks to the pedals but I still couldn’t reach the pedal at the bottom of the stroke. I could barely even move on that big bike so it took me until I was 6 to ride it without training wheels.
When/where did you start riding a bicycle?
Down what I thought was a big hill near my house. My mom pushed me down that hill, and I fell many times until I learned to ride. I’ve never stopped cycling since.
When did the passion for bicycles start?
On that hill.
What were the main motivations to create workcycles.com?
I was working for Philips Electronics in the Netherlands and fell in love with bicycling all over again. This time it was just that everybody was on bikes: moms with kids, bankers, laborers, students, young people going out… everybody and cities such as Amsterdam were wonderful, humane places as a result. I was bored of developing consumer products we don’t really need and charmed by the old-fashioned Dutch utility and transport bikes that were no longer available. I decided that energy wasn’t going to get cheaper, traffic wouldn’t disappear, parking wouldn’t become easier and other external pressures to cycle for transportation would only grow. So I started a company.
How many km do you ride per week?
I have no idea, but I do ride almost every day of the year: to one of our two workshops, to do errands, to the train station, and sometimes just for the fun of it.
Since you spent a long time in the US, could you outline the main bike culture differences between the US and Europe?
I’ll change that question to the differences between the Netherlands or Denmark and the rest of the developed world. Only in the Netherlands and Denmark (and really only Copenhagen there) is cycling so much a part of the culture that there is essentially no cycling culture. Bicycles are like washing machines or perhaps computers. Sure, some people take a real interest in them but most just use them without caring much. “Of course I ride a bike. How else would I get the two kids to school and then go to work?”
In other places it’s basically strange to cycle for transportation, or even adversary and dangerous such as in the USA. There the cyclists form subcultures, perhaps as a form of protection, and certainly as a form of identity. Transportation cyclists, for example, see themselves as urban warriors with the associated “gear”. They gather (often on the Internet) to share their tips, tricks and heroic experiences. The Dutch don’t need to do this because there’s rarely anything heroic about cycling, unless something very strange, like a big snowfall, happens.
Where do you take your inspiration from to create a new bike?
It’s a mixture of daily personal experience, listening to customers of all kinds, seeing interesting “innovations” cyclists have made to deal with their own challenges and other random sources. Sometimes a new product comes on the market that provides an idea for improving a bike. It’s often not another bike or even bike related product. I spend a lot of time reading about all sorts of technologies, processes and things going on in other industries. I might find a new anti-corrosion finishing process or an idea about how auto manufacturers learned to simplify assembly, for example. The bike itself, was already highly developed a hundred years ago. I don’t kid myself about being able to make revolutionary improvements but I certainly want to incorporate what’s been learned and add something to the equation.
What is the bike you’re the proudest of?
The Fr8, without a doubt. It represents everything WorkCycles stands for: simplicity, purposefulness, versatility, unpretentiousness, uniqueness, quality, durability, pleasure of use.
Are your bikes already available in France? If not, any plan to do so?
We periodically send individual bikes to France but shipping tends to be expensive, customers cannot see and try the bikes before purchasing and there is no local service. We would certainly like to have dealers in suitable areas of France, but we’re very choosy about who we work with.
***Ask yourself the question you would like to answer***
Why bikes anyway?
The bicycle is the best example of the beautiful, win-win minimalism the world must adopt to continue forward in a sustainable, humane, enjoyable manner. The bicycle is just a few humble kilo of metal, rubber and plastic that extends our abilities tremendously and can do so with minimal maintenance and a lifespan far beyond most modern products.
“Molière”
Bonjour Henry, peux-tu te présenter ?
Je suis Henry Cutler, né à Brooklyn, NY (Nouvelle Amsterdam) et habitant à Amsterdam (Ancienne Amsterdam donc). J’ai fondé et je dirige WorkCycles où nous designons, développons et fabriquons des vélos pratiques et fonctionnels. Dire que j’aime les vélos serait peu dire. Mon premier souvenir remonte au moment où je faisais du vélo avec ma mère assis sur le siège arrière, et mon premier travail était dans un magasin de vélos….à l’âge de 12 ans.
Quel a été ton premier vélo ?
Un Ross rouge avec des pneux de 20 pouces. Mes parents achetaient toujours des choses trop grandes pour moi afin que je puisse grandir avec…ce vélo n’y a pas fait exception. J’avais 4 ans et n’étais pas bien grand. Le magasin avait installé des cales sur les pédales mais je ne pouvais toujours pas les atteindre quand elles étaient au plus bas. Je pouvais d’ailleurs à peine avancer sur ce grand vélo, il m’a donc fallu attendre mes 6 ans afin de pouvoir l’utiliser sans les petites roues.
Quand/Où as-tu commencé à faire du vélo ?
Sur ce que je croyais à l’époque être une grande côte à côté de chez moi. Ma mère me poussait dans la descente et je suis tombé à de nombreuses reprises jusqu’à ce que je sache faire du vélo. Je n’ai jamais arrêté d’en faire depuis.
Quand ta passion pour le vélo a-t-elle débuté ?
Sur cette pente.
Qu’est-ce qui t’a poussé à créer WorkCycles ?
Je travaillais chez Philips Electronics aux Pays-Bas et je suis à nouveau tombé sous le charme du vélo. Tout le monde en faisait : les mères avec leurs enfants, les banquiers, les travailleurs, les étudiants, les jeunes de sortie…tout le monde, et les villes telles qu’Amsterdam devenaient formidables et plus humaines. J’en avais assez de développer des produits électroniques dont nous n’avons pas réellement besoin, et j’appréciais le charme des vieux vélos hollandais utilitaires qui n’étaient plus disponibles. Le prix de l’énergie, le trafic automobile et les moyens de se garer n’allant pas en s’améliorant, je considérais que les pressions poussant à l’usage du vélo comme moyen de transport allaient croissantes. J’ai donc décidé de lancer ma société.
Combien de km parcoures-tu par semaine ?
Je n’en ai aucune idée mais je pratique le vélo pratiquement tous les jours de l’année : pour me rendre à l’un de nos deux magasins, à la gare, pour me balader et parfois simplement pour le plaisir.
Puisque tu as passé beaucoup de temps aux Etats-Unis, quelles sont les principales différences en terme de culture vélo entre les Etats-Unis et l’Europe ?
Je changerais cette question en : quelles sont les différences entre le Danemark ou la Hollande, et le reste du monde développé. Il n’y a qu’en Hollande et au Danemark (et seulement à Copenhague pour le Danemark) que le vélo fait à ce point partie de la culture qu’il n’y a pas de culture vélo. Les bicyclettes sont comme les lave-linge ou peut-être les ordinateurs. Bien sûr, certaines personnes ont une passion pour le vélo mais la plupart d’entre eux les utilisent sans réellement s’en soucier : « Bien sûr que j’utilise un vélo. Comment ferais-je autrement pour emmener mes deux enfants à l’école et ensuite aller travailler ? ».
Dans d’autres lieux c’est simplement surprenant d’utiliser son vélo comme moyen de transport, ou même hostile et dangereux comme aux Etats-Unis. Là-bas les cyclistes développent une culture spécifique, peut-être comme un moyen de protection, et également une forme d’identité. Les cyclistes quotidiens, par exemple, se perçoivent comme des guerriers urbains, avec l’équipement associé. Ils se retrouvent (souvent sur Internet) pour partager conseils, trucs et expériences héroïques. Les hollandais n’ont pas besoin de cela car il y a rarement quoique ce soit d’héroïque à faire du vélo à moins que quelque chose d’étrange n’intervienne comme des chutes de neige par exemple.
Où puises-tu ton inspiration pour créer un nouveau vélo ?
C’est un mélange d’expérience personnelle quotidienne, écouter les clients de toutes sortes, observer des innovations intéressantes que des cyclistes ont réalisées pour régler leurs propres problèmes et d’autres sources très variées. Parfois l’arrivée d’un nouveau produit sur le marché me donne une idée pour améliorer un vélo. Ce nouveau produit prend rarement l’allure d’un vélo ou d’un produit lié au vélo. Je passe beaucoup de temps à lire ce qui s’écrit sur toutes sortes de technologies, de processus ou ce qui se passe dans d’autres industries. Je peux ainsi trouver un nouveau processus de finition anti-corrosion ou une idée sur la simplification de l’assemblage dans l’industrie automobile par exemple. Le vélo en lui-même a déjà été pratiquement complètement développé il y a 100 ans ; je ne me berce donc pas de l’illusion d’y apporter des évolutions révolutionnaires mais je souhaite par contre y intégrer ce qui a été appris depuis et ajouter quelque chose à l’équation.
Quel est le vélo dont tu es le plus fier ?
Le FR8 sans aucun doute. Il représente tout ce pour quoi WorkCycles existe : simplicité, fonctionnalité, polyvalence, discrétion, singularité, qualité, durabilité, plaisir à l’usage.
Est-ce que tes vélos sont déjà disponibles en France ? Si non, est-ce pour bientôt ?
Nous envoyons régulièrement des vélos en France à des particuliers mais l’envoi coûte cher, les clients ne peuvent par ailleurs pas voir et essayer les vélos avant de les acheter et il n’y a pas de service local. Nous aimerions bien évidemment avoir des distributeurs dans des zones adaptées en France mais nous sommes très regardants sur les personnes avec lesquelles nous travaillons.
**Pose toi la question à laquelle tu souhaiterais répondre***
Mais pourquoi les vélos ?
Le vélo est le meilleur exemple d’un minimalisme gracieux et efficace que le monde doit adopter pour continuer à se développer de façon durable, humaine et agréable. La bicyclette, constituée seulement de quelques humbles kilos de métal, de caoutchouc et de plastique, permet d’étendre incroyablement nos capacités avec un entretien minimal tout en offrant une durée de vie supérieure à bien des produits modernes.
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Merci pour cette interview. J’ajoute un truc sur ma to-do list:
-Aller vivre en Hollande ou au Danemark.
Hehe effectivement cela doit être bien sympa d’aller vivre là-bas quand on aime le vélo. Je ne connais pas le Danemark et uniquement Amsterdam en Hollande mais en tout cas cette dernière est une ville merveilleuse et pas seulement pour le vélo !
Alors rendez-vous là-bas dans 10 ans?
Au passage, la phrase que j’adore le plus de toute l’interview, c’est la réponse du cycliste hollandais auquel on demande pourquoi il roule en vélo: “Of course I ride a bike. How else would I get the two kids to school and then go to work?”
Ca tombe sous le sens. Mais le bon sens est la chose la moins bien partagée.
[...] Henry Cutler, alors qu’il était designer industriel chez Philips aux Etats-Unis, a, un jour, décidé de produire des objets utiles plutôt que futiles. Il est donc revenu s’installer à Amsterdam (il est né aux Etats-Unis d’une mère hollandaise) et a fondé la société Workcycles afin de construire des vélos ! [...]